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5 articles avec un jardin sur le monde

Le cercle de l'aurore

Publié le par Sylvie Méheut

         Je ne suis pas ce Je majuscule et sans âge, je ne suis pas ce Je apposé dans la marge. Je suis Vous qui passez, compagnons de mirages, multiples de moi-même à l'ombre des noyers.

Il m'en aura fallu du temps pour délasser les grandes mains de l'aube que le couchant fermente et du temps pour aimer par-delà la tourmente, chaque coeur, chaque ride, chaque larme versée.

Je sais que le dernier souffle aura le parfum du premier, rassemblant à rebours les fragrances éludées de nos intermittences et je nous sais unis par la même cadence, la même convergence, la même humanité.

Quand un enfant s'envole, quand un homme se perd, quand une femme meurt sous les coups de son frère, quand les linceuls d'hiver ensanglantent les blés, c'est la terre tout entière qui compte ses absents et qui pardonne au ciel son silence funeste. C'est la terre tout entière qui pleure sous sa veste, recouvrant d'un revers de glaise les gisants.

Il m'en aura fallu du temps pour délivrer l'azur de ses nasses fatales, de ses vents sanguinaires, de ses capes meurtries, ses famines d'osiers, ses faillites de cendre, ses bombes, ses prisons, ses potences dressées.

Il m'en aura fallu du temps pour Nous aimer, il m'en aura fallu, il m'en faudra encore pour aimer par-delà le cercle de l'aurore.

 

 

Sylvie Méheut

                                                                             

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L'ange

Publié le par Sylvie Méheut

Un ange s’est penché sur le berceau de l'onde
Sur le berceau de l'onde un ange s’est penché
Et le ciel éperdu s’est ouvert à la ronde
Comme s’ouvre la mer sous le pas du berger

C’est là que je le vis surgissant de ses âges
Sous la frondaison d’or d’un arbre de Judée
À cet instant précis où le vent s'ensauvage
Froissant d'un jet d’azur la toge de l’été

Face au soleil naissant il a lissé ses ailes
Et au banc du silence ardemment s’est posé
Épinglant une à une ses larmes éternelles
Sur l’ombrelle amarante des roses de Pangée

Aux rameaux de son coeur l'incandescente brise
À sa main le soleil de l’éternel retour
Et à son front béni la couronne conquise
Par-delà l’oraison suprême de l’amour

Un ange s’est penché sur le berceau de l’onde
Sur le berceau de l’onde un ange s’est penché
Et son chant éperdu s’est offert à la ronde
Comme s’offre le ciel au-dessus du verger

Sylvie Méheut 

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La chanson de Zorah

Publié le par Sylvie Méheut

Lorsque plonge le soir sur la terre conquise

Et que le matin creux à l’aube suspendu

Semble attendre au vantail de quelque saison grise

Un immanent soleil assermentant les nues

 

C’est là que je t’attends sous la voûte promise

Entre le limonier et l’olivier frondeur

Sur l’océan lamé le vent sèche ses pleurs

Et sur l’île le ciel tendrement s’électrise

 

C’est l’heure des serments et des calembredaines

Des carquois libérés aux brûlots des beaux jours

Des horizons gantés chavirant sur la plaine

Leur corset héliodore et leurs bas de velours

 

C’est là que je t’attends sous la voûte alcaline

Entre le feu du soir et la pointe du jour

Au cou de l’arganier telle une alabandine

L’arcane de la nuit réinvente l'amour

 

 

Sylvie Méheut

 

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Les oliviers

Publié le par Sylvie Méheut

Où sont les oliviers
Et les oranges amères
Ces fruits à peine écrits
Dans nos ivresses bleues

Où sont nos rêves roux
Et ces voix éphémères
Qu’un blanc soleil salin
Exilait en tes yeux

Où sont ces heures vives
Dérobées au silence
Où sont nos cœurs émus
D’avoir tenu le jour

Où sont nos villes folles
Nos déserts en partance
L’été et son scalpel
La mer
Le vent
L’amour

Où sont les oliviers
Et les oranges amères
Où sont les oliviers
Les oliviers frondeurs

Où sont les oliviers
Les oliviers, mon frère

Ils sont là
Secourables
Au cadran de nos coeurs


Sylvie Méheut 

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L'empreinte

Publié le par Sylvie Méheut

Je suis d’un autre clan et d’une autre fratrie
Je suis l’homme à genoux et la femme aux abois
La louve suffocante au ventre du sous-bois
Quand sonne l’hallali sur l’autel des jours

Je suis d’un autre monde et d’une autre patrie
Je suis la voie tremblée qui dépèce le soir
La main fraîche du vent au front du désespoir
Et l’hospice espéré au versant de l’amour

Je suis d’un autre siècle et d’une autre mémoire
Je suis ce ciel ouvert rompu dans ton regard
Je suis celui qui sait et celle qui s’égare
Je suis le dissident  l’aveugle  l’exilé
Qui sur le toit des villes sabrent l’immensité

Je suis de tous les camps  De toutes les fratries
Je suis de chaque monde et de chaque patrie
Je suis de tous les siècles et sur chaque mémoire

L’empreinte de la vie - L’empreinte de l’espoir


Sylvie Méheut 
 

Publié dans Un jardin sur le monde

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